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MAJ: 03/08/08
L'espérance se trouve encore dans la boite de Pandore, seuls les maux en sont sortis.
Riley referma son cahier et se laissa doucement aller en arrière. Le dossier de cuir accueillit le dos de la jeune femme lui offrant un réconfort bien mérité après plusieurs heures de travail. Bien qu'âgée de 23 ans, Riley ne pouvait rester droite trop longtemps. Une chute de cheval avait manqué de la paralyser à vie. Elle était restée allongée durant deux années sur un lit d'hôpital sans savoir si elle pourrait un jour tenir sur ses jambes. C'était sans tenir compte de la volonté de la petite fille qu'elle était alors. Elle pouvait marcher aujourd'hui. Riley avait même participé au grand marathon de New-York et était rapidement devenue une grande adepte des randonnées pédestres.
La jeune femme jeta un coup d'il à son téléphone: 20h30. Encore quelques heures à attendre.
Elle commençait à s'étirer quand une décharge lui parcourra soudainement le dos. Elle se recroquevilla immédiatement sur elle-même. Les années s'étaient écoulées depuis son accident mais son corps lui rappelait parfois qu'il y avait des limites à ne pas dépasser. Petit à petit la douleur disparu et Riley bougea avec prudence.
Ses yeux retournèrent sur le cahier jaune. Riley remit ses lunettes en place et lança le navigateur Internet de son ordinateur. La page d'accueil de l'Université de XXX où elle travaillait s'afficha. Un sourire se dessina sur le coin de sa bouche. Qui aurait pu croire qu'elle atteindrait aussi rapidement le poste de chercheur dans le laboratoire d'histoire le plus côté du pays. Certainement pas ses parents.
Lors de son séjour à l'hôpital, Riley avait été diagnostiquée comme un enfant précoce mais n'utilisant pas toutes ses capacités. Ce n'est qu'en découvrant la mythologie au collège qu'elle avait pleinement prit conscience de son potentiel et avait gravit les marches à une rapidité impressionnante. Elle aimait la mythologie et voulait passer sa vie à l'étudier, ce que ses parents ne comprirent pas. Ils la laissèrent cependant se diriger dans cette voie, pensant que sa précocité était la cause de l'immaturité importante chez leur fille et qu'elle prendrait conscience plus tard qu'il est inutile de vivre dans le passé. Mais quand ils voulurent la reprendre en main, il était trop tard. Épaulée par Clément Duras, le directeur du laboratoire d'histoire qui avait su décelé en elle de « grandes capacités à s'investir dans la recherche de vérité sur les mythes et légendes de ce monde », Riley entamait son doctorat. Elle avait 19 ans, avait un logement et un salaire qui lui permettait de vivre convenablement. Il était trop tard pour la remettre sur leur droit chemin.
Laissant sa fierté de côté jusqu'à la prochaine fois, Riley entra l'adresse du site internet des bibliothèques du monde et saisit ses identifiants et son mot de passe. Elle accéda ainsi à la plus grande base de données du monde et se pencha sur le sujet qui la préoccupait jusque tard dans la nuit.
Il la retrouva profondément endormie sur le bureau, l'ordinateur tournait encore mais l'écran était éteint et n'attirait aucune poussière. Délicatement il retira les lunettes et dégagea le visage de la jeune femme des longues mèches rousses qui le dissimulaient. Il la prit dans ses bras et disparut avec elle dans la chambre voisine.
La journée s'était déjà bien écoulée quand Riley ouvrit les yeux. La panique l'envahit aussitôt. Où était-elle? Comment était-elle arrivée ici? Incapable de faire le moindre mouvement elle regarda le plafond et finit par y reconnaître une légère saignée: elle était dans sa chambre. Riley sentit la peur quitter son corps alors qu'elle se maudissait de s'être encore laissée emporter par cette peur irrationnelle qui la poursuivait depuis son plus jeune âge.
Un léger ronflement attira son attention. Elle se tourna doucement vers l'homme qui dormait à côté d'elle et l'observa. Sa peau allée, ses sourcils imposants et la barbe qu'il se laissait pousser depuis plusieurs mois lui donnait un air plus froid et puissant. Mais ce que Riley aimait le plus sur ce visage était la bouche: sa lèvres inférieure était légèrement plus épaisse que la supérieure, légèrement portée en avant mais elle gardait une finesse délicate. Juste au dessus de sa bouche, à côté du sillon naso labial, une profonde cicatrice refusait de disparaître. Elle aimait cette particularité. Il la détestait mais refusait de se faire opérer.
Riley déposa un baiser sur les lèvres de son compagnon et se glissa doucement en dehors du lit. Elle attrapa le pantalon qu'il lui avait enlevé, et sortit de la chambre. Elle hésita un instant et préféra la salle de bain à la cuisine. Bien que son ventre réclamait sa pitance, Riley avait envie de se perdre dans une douche bien chaude. Elle traversa l'appartement et entra dans la salle de bain, laissant la porte entrouverte. Quelques instants après, l'eau coulait le long de son corps et la pièce se remplit du parfum épicé du gel douche. Riley savoura ce moment de détente quand la porte de la cabine de douche s'ouvrit lentement, laissant entrer l'air frais de la salle de bain.
Des bras l'enlacèrent. Elle ne se débattit pas. L'homme déposa ses lèvres dans le cou de la jeune femme avant de rencontrer sa bouche. Il l'embrassa avec douceur et ils se laissèrent entrainer la passion qui les habitait.
- Veux-tu du café?
Riley se retourna. Clément était plongé dans son journal et n'avait pas prêté attention à sa compagne. Une habitude chez lui. De 12 ans son aîné, Clément avait gardé intactes quelques unes de ses habitudes de célibataire. Riley ne lui avait jamais posé la question, elle le soupçonnait de ne pas avoir connu beaucoup de femmes avant elle, voir aucune. A vrai dire, Riley appréciait plutôt la situation. Ses parents beaucoup moins et les deux amants avaient du cacher leur relation à bon nombre de personnes, en particulier aux collègues de Clément et à la faculté. Lorsqu'elle avait été embauchée dans le même laboratoire, il avait souhaité mettre des distances entre eux, « pour te protéger » avait-il dit. Mais Riley avait réussi à lui démontrer ainsi qu'à ses supérieurs qu'il ne s'agissait en aucun cas d'un béguin d'intérêt. Les recommandations d'autres chercheurs avaient fini de démontrer que Riley avait été embauché pour son talent, et uniquement pour cela. Le reste était du domaine du privé.
- Clément ?
- Euh... non merci. Il est beaucoup trop tard pour moi, une seule goute de caféine dans mon sang et je ne pourrai pas fermer l'il de la nuit. D'ailleurs il faudra que tu m'expliques comment tu fais pour dormir avec cette quantité de café que tu avales.
Riley haussa les épaules.
- Je crois que la caféine m'empêche simplement de m'endormir quand je travaille. Mais dès que ma tête rencontre un oreiller, Morphée m'amène aussitôt au pays des rêves.
Ils échangèrent un regard complice. Riley attrapa l'élastique qui était posée sur le plan de travail et commença à tresser ses cheveux.
- Comment s'est passé ton séminaire?
- Aussi ennuyant que la tombe d'un mort, quoi qu'on apprend plus de choses en la regardant qu'en écoutant de vieux fossiles rabâcher pour la énième fois les mêmes choses.
Riley approuva en silence. Elle savait combien Clément détestait les séminaires avec les « fossiles » comme il appelait habituellement les vieux, mais non moins célèbres, historiens du pays. Mais en tant que responsable du labo d'histoire de XXX, il ne pouvait se soustraire à ces quatre jours annuels de blablas intensifs.
Elle attrapa la tasse de café qu'elle avait préparée et la porta à sa bouche. Bon nombre de personne aurait comblé les blancs qui s'installait dans une conversation, mais le silence qui s'était installé dans la cuisine ne les dérangeait pas. Ils l'appréciaient même, leurs conversations correspondaient plus à des échanges réduits de paroles et ni l'un ni l'autre n'aimait parler pour ne rien dire. Ils se comprenaient sans se parler et cela leur était suffisant.
Sans détacher les yeux de son journal, Clément rompit le silence:
- J'ai vu Carl Fidgerio.
Les iris de Riley se ressérèrent immédiatement. Elle fixa avec intérêt son compagnon mais ne prononça pas le moindre mot.
- Je lui ai parlé de ton... projet. Il m'a recommandé de te dire d'abandonner, beaucoup se sont cassés les dents en cherchant la vérité, lui également.
Il regarda la jeune femme en souriant.
- Bien sur je lui ai dit que ce n'était pas un problème et que tu avais déjà un dentier de grand-mère. Tu devrais aller regarder tes mails, ajouta-t-il après un nouveau silence. Je suis sur qu'il t'a écrit cette nuit.
Riley lui fit son plus beau sourire et alla s'installer sur ses genoux.
- Qu'est-ce que je ferrai sans toi.
- La même chose, mais certainement pas aussi doucement.
Riley réalisa combien cet homme la connaissait. Ils s'étaient connu quand elle avait intégrée l'université et depuis ce jour là, même quand ils ne se fréquentaient pas encore et que leurs échanges correspondaient plus à ceux d'un grand frère et de sa sur, il avait su canaliser sa fougue et ses ambitions. Riley était plutôt du genre à foncer tête baissée et elle savait que sans lui elle n'aurait pu obtenir que Carl Fidgerio, le plus grand spécialiste de la mythologie grecque, l'a contacte.
- Comment pourrais-je te remercier, susurra-t-elle à son oreille
- J'ai déjà été récompensé.
Il lui lança un regard taquin. Riley l'embrassa avec fougue avant de le repousser brusquement. Elle s'échappa de ses bras et se hâta de consulter ses e-mails.
Samedi passa ensuite très vite. Dans la chaleur étouffante créée par les deux PC tournant sans interruption et l'exposition sud de la pièce, Riley ne cessait de consulter sa boîte mail. Rien.
Elle vérifia à plusieurs reprises dans les spams, ces publicités ventant l'utilisation de petites pilules bleues ou racontant les histoires d'enfants orphelins ayant besoin de 50 000 pour débloquer l'héritage incommensurable de leurs parents, mais aucun Carl Fidgerio ne s'y était égaré. Se pourrait-il que Clément ait mal interprété les paroles du scientifique? Riley secoua la tête. Clément savait très bien cerner les gens, s'il disait que Fidgerio devait lui écrire alors il le fera. Riley cliqua une nouvelle fois sur l'icône de sa messagerie. Aucun nouveau message. La colère envahit la jeune femme qui essaya de se ressaisir rapidement.
- On t'apprend que Fidgerio doit te contacter et tu t'enflammes!
Sachant qu'il lui était impossible de reprendre le travail dans un tel état, Riley mit son ordinateur en veille et jeta un coup d'il aux téléchargements qu'elle avait lancés. Clément désapprouvait les téléchargements illégaux. Elle s'en moquait, estimant qu'il fallait assumer la démocratisation de la toile, avec ses bons et ses mauvais côtés. Les albums Houses of the Holy de Led Zepplin et de Hypnotize de System of a down étaient terminés. Riley regarda également si le dernier Tim Burton était enfin en sa possession: 78%. Avec de la chance, ils pourraient le regarder ce soir.
Elle s'attaqua ensuite au reste de la pièce. Quand ils avaient aménagé ensemble, Riley avait précisé qu'elle voulait garder une petite intimité que se soit dans son travail ou dans ses loisirs. Rileyaimait coudre, peindre, faire du cartonnage et tout ce qui lui permettait de se défouler. Clément n'avait émis aucune objectifon mais lui avait fait remarquer que ce genre d'activité convenait aux femmes de fossiles plutôt qu'à une personne entrant dans la vingtaine. Mais cela la détendait et c'était bien le principal.
La porte s'entrouvrit légèrement. Patatrac, un magnifique norvégien de cinq ans, observa Riley rangeant son matériel de scrap. Il resta silencieux jusqu'au moment où il en eut assez de passer inaperçu. Des tampons de formes variées tombèrent au sol.
- Il faudrait vraiment que tu apprennes à miauler comme un chat, un vrai. Files! Tu n'as pas le droit de venir ici. Dit-elle en ramassant la boîte qui lui avait échappée.
Patatrac laissa échapper un petit miaulement. Sa dernière excursion dans les étagères de matériel lui avait valu un bannissement définitif. Mais plutôt que de partir la tête haute sans un regard pour celle qui le chassait comme il en avait l'habitude, Patatrac avisa les pieds de la chaise de bureau. Riley entendit le doux ronronnement du chat s'élever dans la pièce et le regarda faire son petit manège, slalomant entre les pieds et frottant de temps à autres ses joues sur le bois.
- Je parie que ton maître ne t'as pas donné à manger.
Patatrac sortit rapidement de la pièce en miaulant suivi par Riley qui s'était résolue à répondre aux exigences du chat. Elle s'amusa de le voir se dandiner surement vers la cuisine, sans lui accorder un seul regard, tel un monarque et son valet. Patatrac et ses exigences de pacha étaient entrés dans la vie de Riley quand Clément avait déballé ses cartons. La personnalité jusqu'alors effacée du félin s'était peu à peu affirmée devant le nouvel espace de vie qui s'offrait à lui, et Clément ne pu que constater qu'il n'était pas le chat mollasson se déplaçant uniquement pour répondre à ses besoins vitaux qu'il pensait connaître.
- Bon appétit, dit-elle en versant les croquettes allégées dans la gamelle.
Comme à son habitude, Patatrac regarda avec dégoût ce qu'elle venait de lui donner. L'inactivité dont il faisait preuve chez Clément l'avait rendu obèse et Riley l'avait aussitôt mis au régime, ce qui n'était pas pour plaire à l'animal dont la gamelle était jusqu'alors toujours pleine de nourriture aussi appétante que variée.
Laissant le félin devant la frustration d'un repas diététique, elle rejoignit Clément dans le salon et s'installa à côté de lui. La télévision diffusait un reportage sur les lignes de Nazca, un sujet qui aurait pu être passionnant s'il ne s'agissait pas d'une rediffusion datant de plusieurs années. Mais Clément ne semblait pas réellement s'en soucier. Les sourcils froncés, les traits tirés, le regard fuyant, tout indiquait que quelque chose le contrariait. Il n'était pas judicieux de lui parler du silence de Carl Fidgerio.
Clément éteignit subitement la télévision.
- Le labo est fini.
Riley reçu la nouvelle en pleine figure. Comment le laboratoire le plus côté du pays pouvait-il être fini? Chaque année leurs publications étaient récompensées et leur travail salué par leurs pairs. Bon nombre d'étudiants en histoire voulaient l'intégrer, très peu parvenait à y entrer. Leurs travaux étaient même soutenus par l'état. Non c'était impossible, Clément avait mal compris.
- Je sais ce que tu penses, mais il n'y a pas que la renommée qui joue. Le labo n'est subventionné qu'à 25% par l'état. Le reste provient des partenaires, comme Futurama & Co. qui s'intéresse aux technologies mythiques pour créer celles de l'avenir ou encore tous ces sociétés qui nous permettent d'avoir du bon matériel, du crayon que tu utilises pour un croquis au matériel d'archéologie le plus sophistiqué. Mais les actionnaires de ces mêmes sociétés ont décidé d'arrêter de nous financer. Pas assez de rendement, dit-il avec un petit rire sarcastique. Sans cet argent complémentaire, il nous est impossible de poursuivre correctement nos travaux. Il n'y aura également pas suffisamment de fonds pour tous, des postes seront supprimés. Trop de postes.
Il laissa passer un long silence.
- Dont le tient.
Riley n'arrivait pas à croire ce que Clément venait de lui dire. Ce laboratoire était toute sa vie. Elle n'avait jusqu'à présent vécu que pour une seule chose: y travailler. Clément le dirigeait, elle s'y était fait des amis, tout la reliait à ce laboratoire. Tout.
La panique la saisit. Que ferrait-elle après? Qu'allait-elle devenir? Pourquoi, pourquoi...
Clément vit la peur dans les yeux de la jeune femme. Il ne connaissait que trop bien l'importance du laboratoire pour elle mais après avoir retourner la question plusieurs fois dans sa tête, il n'avait pas pu attendre plus longtemps pour lui apprendre la nouvelle.
- Il n'y a vraiment rien que l'on puisse faire? Demanda-t-elle timidement
Il se leva brusquement.
- Je n'en sais strictement rien!
Riley sursauta. Il avait hurlé avec une colère qu'elle n'avait jamais vu chez lui. Elle croisa le regard de Clément et réalisa combien il lui avait été difficile de lui en parler. Sur le moment elle n'avait pensé qu'à son avenir mais Clément portait le laboratoire sur ses épaules depuis plusieurs années, il n'avait jamais été confronté à un tel événement. Lundi il devra (devrait?) annoncer la nouvelle au reste de l'équipe et il verra la même peur dans les yeux de ses collègues et amis.
- Excuses-moi, dit-il en se passant la main sur le visage. Ce n'était pas contre toi, je suis désolé. Je ne peux pas protéger le labo, je ne peux pas protéger les gens qui y travaillent... Je ne peux pas te protéger, finit-il par dire dans un souffle.
La jeune femme rejoignit son compagnon et l'enlaça. Il lui rendit son étreinte et restèrent ainsi plusieurs minutes, puisant un peu de force dans l'autre. Elle finit par s'écarter et lui adresse un léger sourire.
- Toi et moi, nous en avons vu des situations délicates et pourtant nous nous en sommes toujours sortis.
- Mais cette fois je ne sais pas si...
Elle posa son index sur sa bouche.
-Tu vas me répéter exactement ce qu'ils t'ont dit. Ensuite nous chercherons des solutions pour sortir tout le monde de ce mauvais pas et après demain nous en parlerons aux autres. Il y a forcément un moyen et nous le trouverons, ensemble. D'accord?
Clément hocha lentement de la tête. Encore une fois, elle avait réussi à le convaincre de ne pas baisser les bras.
- Bien, dans ce cas au travail.














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